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ELOGE DE LA PROCRASTINATION.

 

Différentes définitions

 

Bonjour à vous,

Si vous êtes arrivés sur cet article, je suppose que ce n’est pas par hasard et que vous connaissez la définition de ce mot que l’on nous sert à toutes les sauces depuis quelques années.
Quelques années ? Vraiment ?
D’après mes recherches dans de vieux dictionnaires qui sont dans la famille, pas de traces officielles de ce mot avant 2005/2006.
Le plus ancien consulté date de 1900. (merci à mon frère, le conservateur familial)

Proust en parle pourtant dans « A la recherche du temps perdu », entre 1906 et 1922 et Colette, en 1949.
Si l’on remonte plus loin, Amiel en parlait déjà en 1866. Je vous garde sa phrase pour la conclusion.

Il semblerait donc bien que c’était un terme réservé à la littérature. D’ailleurs, même s’ils sont souvent utilisés, le verbe « procrastiner » et le mot « procrastinateur » n’apparaissent dans  aucun dictionnaire, encore aujourd’hui.

J’ai mis trois semaines à tenter de trouver une définition originale et sympa. Trois semaines de perdues… Ou pas !

 

D’après le petit Robert de 2006, la procrastination est la tendance à tout remettre au lendemain, à ajourner, à temporiser.

Pour le Larousse, c’est une tendance pathologique à différer, à remettre l’action au lendemain.

J’ai également noté un synonyme, « retardataire chronique ».

Trois semaines pour ça ? Oui !

Durant ce temps, j’ai testé, sur des cobayes humains et consentants, ce qu’ils comprenaient dans ce mot. Evidemment, lorsqu’on lit sur un sujet pendant autant de temps, on a l’impression que tout le monde en sait autant que nous et sortir la tête du guidon pour écouter ce que se dit ailleurs est un bon exercice.

 

J’ai eu droit à

 

  • « proca quoi ? » (Ok, chouette, il y a du boulot)
  • « procrastination », c’est le fait de rester en boule dans son divan (Euh, non, ça, c’est prostré).
  • « Moi j’aimerais de temps en temps, parce que je ne sais pas m’arrêter tant que je n’ai pas fait ce que j’ai à faire et du coup je ne prends jamais de temps pour moi » (Intéressant, parce que cela sous-entend que, dans l’esprit de cette personne, quelqu’un qui remet au lendemain se la coule douce, l’esprit tranquille à buller au calme)
  • « C’est quand on ne fait pas les choses aujourd’hui et qu’on les fera demain » (Bingo ! Là, on y est et je vais m’arrêter un peu sur ce petit cobaye).

 

Cette réponse m’a été donnée par Félix, 9 ans.

Pour respecter l’ego des autres sondés, je ne donnerai pas leur âge et/ou position.

Toute heureuse d’avoir reçu cette définition et pas peu fière qu’elle vienne d’un petit zèbre de la famille, je décide de pousser un peu plus loin mes investigations.

 

 

  • A ton avis, pourquoi les gens font-ils cela ?

 

– Parce qu’ils n’ont pas envie de le faire. (bah oui, finalement, pas   besoin de chercher midi à quatorze heure)…

– Ou peut-être, parce qu’ils sont fatigués (vous le sentez là, le petit garçon qui ne veut pas poser un jugement et veut rester dans la bienveillance ?)

A ce moment de la conversation, comme j’ai senti qu’il cherchait vraiment à me faire plaisir, je lui ai expliqué qu’il n’y avait pas de bonnes ou mauvaises réponses, que ce dont j’avais besoin, c’était de son avis.

 

 

  • Comment penses tu qu’ils se sentent ? Est-ce qu’ils sont heureux, malheureux ou ils s’en foutent ? (long silence, grande réflexion)
  • Je pense qu’ils sont heureux de faire comme cela et que certains n’en n’ont rien à faire, mais pas qu’ils sont malheureux… (silence)  Mais attention, c’est ce que JE pense. Peut-être qu’il y en a qui sont malheureux ?!

 

Je suis certaine que depuis, il est allé cherché d’autres réponses à mes questions et qu’il ne voit plus du tout la procrastination de la même manière.

 

Pour les sondés adultes, si je leur demande d’associer un seul mot à cette « pathologie », celui qui revient le plus, est « la paresse ».


Aïe !!! La moutarde vous monte au nez ? Oui, bon, ça m’a fait la même chose. J’avais l’impression d’avoir avalé une cuillère à café de wasabi, tranquille…

Si on s’arrête à tout ce qui vient d’être dit, nous serions, en quelque sorte, des « retardés chroniques, malades et paresseux, mais grâce à Félix on en est heureux ou au pire, on s’en tape le coquillard ». Voilà un petit qui nous sauve la mise.

Je tiens à souligner que dans mes amies, j’ai la reine de la procrastination, celle qui transcende la définition, qui l’habite, la vit, en joue et adore ça. J’ai bien eu l’intention de passer une soirée avec elle pour m’imprégner au plus près de sa pathologie, mais cela fait des semaines qu’on remet ça à plus tard. CQFD !

 

Décortiquons

 

J’avoue que lorsque j’ai lu l’adjectif « pathologique » pour la première fois dans cette définition, mon sang n’a fait qu’un tour. Mais bon, je suis  ce que je suis et les érudits qui rédigent les définitions du Larousse, tout de même, ne doivent pas avoir sorti ça d’un chapeau.

 

J’ai donc cogité (si, si !) et mon idée est que oui, finalement, on peut parler de pathologie, lorsque cette propension à remettre, nous déséquilibre. C’est là qu’il faut bien faire la différence entre procrastination et priorisation.

Soyons clair, remettre à demain ce qui peut être fait demain, n’a rien de malsain. Par contre, vous comprendrez aisément que remettre à demain ce qui aurait dû être fait avant-hier, ne va pas vous aider à vous sentir bien. Il y a là un déséquilibre flagrant entre les actes que vous posez et ceux qui devraient l’être.
Je parle sciemment d’actes posés, parce que non, la procrastination, ce n’est pas ne rien faire. Bien souvent, c’est même le contraire. On remplace la chose qui nous ennuie, nous rend malade, nous obsède, nous énerve (liste non exhaustive), par plein de petits ou grands actes, qui vont nous empêcher de trouver le temps de retirer ce caillou dans les chaussures de notre esprit.

Mais notre subconscient, lui, tout inconscient qu’il est, nous garde tout cela bien au chaud.
C’est là que la procrastination se transforme en maladie. Selon les personnes, cela va du simple mal de tête, à une culpabilité telle, qu’elles peuvent frôler la dépression. Le sentiment de ne pas être à la hauteur, le manque d’estime et de confiance en soi sont renforcés et qu’avons-nous envie de faire dans ce cas ?

Reporter à plus tard, quand on ira mieux, quand ce sera le bon moment, quand on aura l’esprit clair pour faire les choses bien.

En attendant, on se retrouve en boule dans un coin du salon à somatiser ; la procrastination oscillant facilement entre la peur de mal faire (manque d’estime) et l’envie de bien faire (recherche de la perfection) .

 

Mais alors, que faire ?

En premier, je vous conseillerais de vous arrêter. Oui, oui, vous avez bien lu, pour mettre fin à votre procrastination, arrêtez vous, posez vous.
Vous, votre popotin, vos idées, vos émotions, négatives et/ou positives…
Posez tout !

Pour quoi faire ?
Vous poser les bonnes questions, faire une pause !

Que de positions n’est-ce pas ? Non, je ne vais pas vous éditer un kamasutra de la procrastination, mais je vous demande de vous arrêter…

Super ! Vous aimez l’idée ?

 

Ma première question est celle-ci : Etes-vous réellement un procrastinateur ou êtes-vous un priorisateur ? (Euh… Pardon ?)

Eh oui ! Il y a une nette différence.

Remettre à plus tard votre ménage ou le rangement des papiers qui traînent depuis six mois (deux ans en fait !), n’est pas très grave.

Si vous mettez de côté la honte qui va vous ronger lorsque votre belle-mère va se pointer toute pimpante, après être passée chez le toiletteur coiffeur et que vous lui ouvrirez la porte fagotée vêtue de votre plus beau jogging du dimanche (un lundi), les cheveux en bataille et le rimmel qui a coulé, parce que vous êtes justement entrain de pleurer devant le film idiot de l’après-midi, au lieu de… (au choix).

Par contre, les factures qui s’accumulent sur le meuble à l’entrée du hall, ne risquent pas de s’envoler vers votre banquier, aussi horrifiées soient-elles de la situation entrain de se passer sous leurs fenêtres.

 

Devenez conscients de la différence, cela vous ôtera certainement une grande partie de votre culpabilité et gérez tout simplement VOS priorités.
Non, il n’y a pas une loi qui dit que le ménage doit être fait, les courses rangées, le linge repassé ou la pelouse tondue au cordeau.

Ce n’est pas parce que vos collègues et amis sont déjà entrain de vous montrer les photos de leurs prochaines destinations de vacances, que vous devez savoir où vous serez dans six mois.
A contrario, il y a des intérêts qui courent, plus vite que vous.
Il y a des engagements importants, qui peuvent influer sur votre avenir ou votre moral et ça, oui, ça peut être douloureux, et là, oui, c’est de la procrastination.

Prenons l’exemple des factures.

Mon premier conseil, en temps que coach et si j’avais à vous accompagner sur cette problématique, serait de fractionner la tâche.
Tout d’abord, décider d’un jour fixe où on s’occupe de nos comptes.
Choisissons le vendredi. Pour la plupart des gens, le vendredi est un jour « entre deux ». On peut l’aimer parce que c’est le dernier jour de la semaine de travail, ou le détester pour les mêmes raisons, ce qui en fait un jour idéal pour régler nos comptes !

Cela devient la dernière tâche ingrate de la semaine, ou la première tâche positive qui amorce le week-end, à vous de choisir.
Mais pour la fractionner et en arriver à se réjouir de s’en occuper, il faut donner à notre esprit l’impression que nous nous en occupons chaque jour. C’est là qu’il faut ruser.
Le lundi, le mardi et le mercredi, on ne fait rien de plus qu’habituellement, on dépose.
Le jeudi, on ouvre les enveloppes et on classe par priorité.
Le vendredi, vous l’aurez compris, vous les jetez brûlez réglez.
Ok, ça paraît simple, mais ce qui intéressant à savoir ici, c’est que le fait d’y penser chaque jour, avec une instruction précise, même si c’est celle de ne rien faire, va vous libérer l’esprit, vous ôter de la culpabilité et vous laisser la possibilité de faire tout autre chose.

Vous entrez donc dans le week-end avec sérénité et commencerez votre semaine de la même manière, puisque vous savez que vous pouvez utiliser le classement vertical plusieurs jours et que tout sera prêt le jour choisi, quel qu’il soit d’ailleurs.

Cela nous donne, non pas six jours de tranquillité, mais bien sept. Parce que c’est avec sérénité que vous aborderez le jour que vous ne considérerez bientôt plus comme le jour fatidique.

Il en est de même pour tous les actes que vous reportez. Fractionnez.
Vous voulez faire le grand ménage ? Commencez par une armoire.

 

Soyez conscients que le sentiment de culpabilité qui vous ronge, parfois inconsciemment, peut s’effacer ou tout du moins se réduire, en apprivoisant votre procrastination, en en faisant votre alliée, votre complice. Je ne prétends pas qu’elle sera votre meilleure amie en quelques jours ; mais une cousine, même éloignée, est plus agréable qu’une ennemie revêche.

 

La procrastination qui n’en n’est pas

 

Vous attendez le dernier moment pour créer ?

C’est bien, la procrastination est en effet une sorte de carburant d’adrénaline pour les créatifs. Que vous deviez faire un rapport, préparer une réunion, monter un conférence ou tout autre chose, le fait d’attendre le dernier moment peut vous rassurer, voire vous inspirer.
Vous avez vos idées et n’êtes pas à l’abri d’en avoir d’autres au dernier moment, ce qui vous rendrait malade de ne pas pouvoir les ajouter.

 

Ce système n’est profitable qu’aux personnes qui maîtrisent leur sujet sur le bout des doigts et n’ont pas peur de l’improvisation.

 

Si vous êtes étudiant et que vous passez un examen écrit, il n’y a pas de miracles ; même avec un coach, s’y prendre au dernier moment n’est pas la solution et vous le savez. Prenez donc des dispositions de fractions, fractions, encore et toujours des fractions, même si vous n’êtes pas matheux. Hé oui, désolée, à part pour les zèbres qui peuvent se contenter d’écouter le cours d’une oreille distraite, il va falloir bosser… Un peu… Ce soir ou demain… On n’est plus à cela près.

 

Pour conclure, je vous dirais que oui, la procrastination peut être une pathologie. Oui, cela peut nous rendre malade et oui, heureusement que oui, nous pouvons améliorer les choses.

N’hésitez pas à vous faire aider par un professionnel.

 

Comme promis, je terminerai avec la phrase d’Amiel dans « journal », en 1866, tout simplement parce que je préfère  « atermoiements » à « procrastination ».

 

« Les atermoyeurs, procrastinateurs et lambins de mon acabit, sont justement de ceux qui ne finissent rien et même ne commencent pas davantage ».

 

Merci à vous.

 

Instinctive-toi
Monique  Cuppens.